II. La
physique aux confins de la métaphysique
Nous
avons vu dans la première partie en quel sens la métaphysique
influence la physique, c’est-à-dire qu’à la conception positive
de la théorie physique s’ajoute une compréhension de nature
métaphysique, qui est la classification naturelle. Nous allons
toujours étudier cette articulation, mais désormais du point de vue
de la métaphysique. Ainsi, qu’en est-il de l’influence de la
physique en métaphysique ?
On
s’intéressera tout d’abord aux implications du phénoménalisme,
en se demandant si une préméditation ne conduit pas Duhem à
développer un système physique favorable à une métaphysique
spécifique ou à ses convictions religieuses. On s’étendra aussi,
pour compléter la question, à l’aspect historique de l’œuvre
duhémienne. Ensuite, nous verrons qu’en cette œuvre se peut
découvrir la trace d’une apologétique, pour ce faire, on
cherchera suivant trois perspectives différentes : En premier,
comment le phénoménalisme peut-il sans se renier, donner lieu à
une apologétique ; secondement, et dans la continuité du
premier chapitre, on abordera l’apologétique historique ;
pour en dernier lieu, montrer la présence d’une apologétique
métaphysique fondée sur la classification naturelle ‒
c’est-à-dire l’aspect métaphysique de la philosophie
scientifique duhémienne, lequel est le prolongement du
phénoménalisme.
Par
la suite, nous traiterons dans les deux derniers chapitres un point
essentiel de l’articulation duhémienne entre physique et
métaphysique. Il s’agira d’éclaircir le lien que Duhem
entrevoit entre sa philosophie de la physique et la cosmologie. Nous
expliciterons alors en quel sens la cosmologie dépend de la
physique, pour finalement concevoir l’idée de métaphysique de la
science, rendue possible à travers la notion d’analogie dont Duhem
fait usage. Après avoir précisé les conditions et les ressorts des
procédés analogiques, nous achèverons sur les considérations que
nous inspire l’analogie concrète que Duhem pressent entre son
système physique et la cosmologie d’Aristote.
