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vendredi 4 août 2017

Essai sur la vérité - Seconde partie



II. L’existence de la vérité
Maintenant que vous avez bien pris conscience de la notion que nous nous faisons de la vérité en ayant attentivement lu la précédente partie, montrons donc que celle-ci existe bel et bien.
Depuis le début l’on se pose la question suivante : Qu’est-ce que la vérité ?
Or l’on devine une preuve de son existence implicitement liée à cette interrogation. Car lorsque nous cherchons une réponse à cette question, nous désirons qu’elle soit juste, vraie. Eh quoi ! si l’on ose dire, nous cherchons dans ce cas la vérité vraie.
Ce qu’il se passe donc, c’est qu’avant même de définir cette notion de vérité, intuitivement nous l’utilisons. Pourquoi tenterons-nous de vérifier l’existence de notre objet ? : parce que nous voulons qu’il soit. Ici, la notion de la vérité que nous avons définie, nous voulons vous montrer qu’elle est vraie – qu’elle est – n’est-ce pas ? Nous faudrait-il parler de la vérité de la vérité, et ainsi de suite ? C’est le serpent qui se mort la queue, une boucle infinie. La notion de vérité telle que nous l’avons définie est donc une évidence, elle ne peut se démontrer puisque celle-ci même est requise dans ce but.

dimanche 14 août 2016

L'Articulation entre Physique et Métaphysique chez Pierre Duhem - Quatrième partie (chapitre 7 et 8, Conclusion)

 

II. 3. La Cosmologie ou la métaphysique de la science
Arrivé à ce stade de notre mémoire, nous pensons avoir présenté suffisamment de preuves qui indiquent l’existence d’une doctrine métaphysique chez Duhem. On pourrait, en un certain sens, prétendre que l’idée de classification naturelle chez Duhem est révélatrice d’une métaphysique de la science. Il faudrait alors préciser qu’il s’agit d’une métaphysique portant sur la nature de la théorie physique, et non sur la nature des objets que ladite théorie étudie. Duhem ne s’est pas essayé à pénétrer les notions de matière, de force, de temps, etc. En revanche, il a tenté d’approfondir jusqu’au bout la notion même de théorie physique, par là, il a fait œuvre de métaphysicien.
Ce qu’on entend plus généralement par métaphysique des sciences, n’est autre que la philosophie de la nature : c’est-à-dire l’étude métaphysique des phénomènes et lois physiques, dans le but de sonder la réalité que nous cache la nature et d’interpréter diverses questions que laissent de côté les purs physiciens. Or, Duhem croit pouvoir avancer qu’il existe « un lien entre la théorie physique et la philosophie de la nature1 », et par là, soutient la possibilité d’une métaphysique de la science qu’il nomme cosmologie. Si l’on ne peut pas dire que Duhem soit devenu un véritable cosmologiste, l’importance de sa contribution réside en la définition qu’il donne de la discipline, et la légitimité qu’il lui accorde. Nous allons voir que la doctrine de la classification naturelle conditionne et se prolonge en une idée précise de ce que doit être la cosmologie.

samedi 13 août 2016

L'Articulation entre Physique et Métaphysique chez Pierre Duhem - Troisième partie (chapitre 5 et 6)



II. La physique aux confins de la métaphysique
Nous avons vu dans la première partie en quel sens la métaphysique influence la physique, c’est-à-dire qu’à la conception positive de la théorie physique s’ajoute une compréhension de nature métaphysique, qui est la classification naturelle. Nous allons toujours étudier cette articulation, mais désormais du point de vue de la métaphysique. Ainsi, qu’en est-il de l’influence de la physique en métaphysique ?
On s’intéressera tout d’abord aux implications du phénoménalisme, en se demandant si une préméditation ne conduit pas Duhem à développer un système physique favorable à une métaphysique spécifique ou à ses convictions religieuses. On s’étendra aussi, pour compléter la question, à l’aspect historique de l’œuvre duhémienne. Ensuite, nous verrons qu’en cette œuvre se peut découvrir la trace d’une apologétique, pour ce faire, on cherchera suivant trois perspectives différentes : En premier, comment le phénoménalisme peut-il sans se renier, donner lieu à une apologétique ; secondement, et dans la continuité du premier chapitre, on abordera l’apologétique historique ; pour en dernier lieu, montrer la présence d’une apologétique métaphysique fondée sur la classification naturelle ‒ c’est-à-dire l’aspect métaphysique de la philosophie scientifique duhémienne, lequel est le prolongement du phénoménalisme.
Par la suite, nous traiterons dans les deux derniers chapitres un point essentiel de l’articulation duhémienne entre physique et métaphysique. Il s’agira d’éclaircir le lien que Duhem entrevoit entre sa philosophie de la physique et la cosmologie. Nous expliciterons alors en quel sens la cosmologie dépend de la physique, pour finalement concevoir l’idée de métaphysique de la science, rendue possible à travers la notion d’analogie dont Duhem fait usage. Après avoir précisé les conditions et les ressorts des procédés analogiques, nous achèverons sur les considérations que nous inspire l’analogie concrète que Duhem pressent entre son système physique et la cosmologie d’Aristote.

vendredi 12 août 2016

L'Articulation entre Physique et Métaphysique chez Pierre Duhem - Seconde partie (chapitre 3 et 4)

 

I. 3. L’épistémologie duhémienne
I. 3. a. Sens commun et classification naturelle
L’hypothèse que nous venons d’employer, et qui attribue à Duhem l’utilisation de la méthode métaphysique pour justifier la classification naturelle, nous a paru confirmée par la clarification qu’elle amène sur une prétendue contradiction doctrinale. Mais on nous rétorquera que cela ne peut suffire à l’établir certainement. Aussi, il nous faut désormais étudier plus soigneusement comment la méthode métaphysique est exploitée par le physicien et les circonstances qui le doivent amener à user de cette méthode.
Duhem reconnaît que l’étude logique de la méthode positive ne permet pas d’en achever la compréhension, car elle ne peut rendre compte de tous ses principes. Dans un article intitulé « Quelques réflexions sur la science allemande », Duhem établit en citant Pascal une distinction qui s’avère cruciale :
« Les principes se sentent, les propositions se concluent, » a dit Pascal, qu’il faut toujours citer lorsqu’on prétend parler de la méthode scientifique. En toute science qui a revêtu la forme qu’on nomme rationnelle, la forme que, mieux encore, on appellerait mathématique, il faut, en effet, distinguer deux tactiques, celle qui conquiert les principes, celle qui parvient aux conclusions1.
La première tactique, selon Duhem, est du ressort de l’esprit de finesse. La seconde, autrement appelée méthode déductive, emprunte le talent de l’esprit géométrique. Or, la science ne peut se passer de l’une de ces facultés et s’appuyer exclusivement sur l’autre, sans quoi elle pourvoirait à sa ruine. Les deux sont nécessaires, et Duhem fustige leur excès respectif. En écrivant « Quelques réflexions sur la science allemande », Duhem s’en prend à cette manière de concevoir ‒ pour lui, trait caractéristique des Allemands ‒ qui exige de tout démontrer, tout déduire, et tout définir ; car la pleine certitude ne peut se présenter ‒ à l’esprit allemand ‒ autrement. À nouveau, Duhem se réfère à Pascal, et cite De l’esprit géométrique : « Contre cet ordre [celui de la géométrie] pèchent également ceux qui entreprennent de tout définir et de tout prouver, et ceux qui négligent de le faire dans les choses qui ne sont pas évidentes d’elles-mêmes2. »

jeudi 11 août 2016

L'Articulation entre Physique et Métaphysique chez Pierre Duhem - Première partie (Introduction, chapitre 1 et 2)




Introduction
Pierre Duhem
Pierre Duhem est un savant français né le 10 juin 1861 à Paris et mort le 14 septembre 1916 dans sa résidence à Cabrespine. Nous sommes heureux, par conséquent, de rédiger notre mémoire à l’occasion du centenaire de sa mort. Physicien de profession, il enseigna d’abord à Lille de 1887 à 1893, puis un an à Reims et finalement à Bordeaux, à partir de 1894, où il y finit sa carrière. Pourtant, si la physique théorique fut son domaine de prédilection, Duhem avait un intérêt mathématique prononcé et il contribua également à la chimie. Le plus grand succès qu’il faudrait lui attribuer, de son point de vue assurément, est d’avoir fondé et assuré l’essor de l’énergétique ‒ théorie générale visant à unifier la physique ‒, bien que la physique contemporaine n’en ait retenu qu’un mince héritage.
Il profite dans le peu d’heures de loisir qu’il s’accorde pour exercer son talent de dessinateur, et le concilie habilement, en amateur de pérégrinations dans la nature, avec ses promenades sauvages dont il tire quelques beaux dessins. En outre, Duhem est un fervent catholique, né au sein d’une famille traditionnelle, il n’a jamais caché ses convictions monarchistes, et sa fille le dira proche du milieu de l’Action française. Un tel caractère n’arrangea pas sa confrontation scientifique avec Marcellin Berthelot, laquelle débuta à l’occasion de sa première thèse de 1886 portant sur le potentiel thermodynamique ; celle-ci réfutait indirectement le principe du travail maximum de ce dernier, ce pourquoi elle fut refusée. En effet, Berthelot, scientiste et républicain ardent, qui fut un temps ministre de l’Instruction publique (1886-1887), fit barrage à la carrière de Duhem, malgré ses qualités scientifiques et sa renommée internationale, en s’opposant notamment à ce qu’il obtienne une chaire à Paris.
Mais Duhem est aussi, et surtout en ce qui nous concerne, un philosophe et historien des sciences s’inscrivant dans la période du début du XXᵉ siècle ; et tel est le profil qui a le plus attiré les commentateurs. L’ouvrage qu’il publia en 1906 La Théorie physique : Son objet et sa structure est considéré désormais comme un classique de la philosophie de la physique, qui influença notablement l’épistémologie française.
La richesse de notre auteur a néanmoins été la cause d’interprétations diverses et même contradictoires à l’endroit de sa personnalité et de sa pensée1. Il nous faudra donc aborder l’œuvre de Duhem en prenant garde à sa complexité, et ne pas suivre un chemin qui éluderait trompeusement les contrastes variés et inévitables qui s’y repéreraient.

mardi 12 janvier 2016

L'influence pascalienne chez Pierre Duhem



Introduction


Avant même d’étudier l’implication de quelques grandes thèses pascaliennes dans l’œuvre de Pierre Duhem, certaines considérations préliminaires s’imposent à nous. Il est important par exemple, qu’en nous situant entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, l’on sache le regain que connut alors Blaise Pascal dans le milieu intellectuel, et la dissipation de l’idée romantique qu’on se fit de son génie, notamment du fait des nombreux travaux de Léon Brunschvicg et d’autres en la matière.

Cette influence, non plus, ne peut pas être fortuite et circonstancielle : Pierre Duhem est physicien théoricien et mathématicien, il est aussi philosophe des sciences et fervent catholique. L’auteur des Pensées est tout cela avant lui ; il est donc sensé d’y voir un modèle auquel notre savant a pu s’y référer plein d’assurance. Pour autant, il y a quelque pudeur dans sa réflexion pascalienne. Bien que le témoignage de ses proches ait révélé une certaine passion pour le philosophe de Port-Royal, Duhem ne lui a jamais dédié ces imposantes monographies que d’autres ont écrit. Un nombre minime de pages constitue tout le sujet, en sus de quoi elles ne paraissent que peu significatives. En revanche, c’est par les abondantes citations disséminées dans son œuvre, et souvent répétées, qu’il lui rend hommage. Citations, d’ailleurs, qui ne gisent pas n’importe où, mais qui ont une place importante dans l’articulation du discours duhémien. Elles apparaissent souvent après un énoncé comme la confirmation de ce qui précède, ou même à la fin du chapitre ou de l’ouvrage, comme une puissante formule à même de résumer le discours entrepris. Chacune de ses références n’est pas anodine, et de celles-ci l’on peut tirer, avec une bonne approximation, le galbe de son analyse.

samedi 10 octobre 2015

Essai sur la vérité - Première partie


Avant-propos
Cette introduction sur le sujet que nous allons présentement étudier est particulièrement nécessaire. Il serait dommageable pour la suite de cet essai que l’on passe à côté de ce que nous exposerons ici. Tout comme le laisse penser le titre, l’on va conférer sur la vérité. Et il nous faut vous avertir, ce que nous dirons paraîtra pour certains un enchaînement de truismes et d’évidences ; pour d’autres ce sera la succession d’affirmations péremptoires qu’ils auront toujours contestées, sauf que nous nous appliquerons – sinon à les démontrer – du moins à donner de bonnes raisons de les accepter. Si nous jugeons notre travail utile, c’est probablement car la catégorie qui contient le plus grand nombre nous paraît être la seconde.
Mais au-delà de ça, il y a plus inquiétant. Le fait que de nombreuses personnes, tout en s’accordant apparemment avec tel principe, telle affirmation ; dans le même temps peuvent témoigner du contraire, et ainsi rentrer en pleine contradiction, en totale confusion. Notre travail consistera donc, et surtout, à expliciter les propositions qui défileront pour qu’elles ne puissent laisser place à nulle contradiction. Nous allons tenter d’être clair au possible, et d’assurer avec force précautions notre développement.

mercredi 23 septembre 2015

Vers un ordre social chrétien

Tel est le titre du noble ouvrage1 – par trop méconnu – du Marquis René de La Tour du Pin. L’auteur, qui est l’une des plus grandes figures du catholicisme social, courant qui eut son apogée à la fin du XIXème siècle, a écrit de nombreux articles de circonstances au cours de sa vie parmi lesquels les meilleurs figurent dans ce livre. Et nous comptons bien dépoussiérer cela pour nos chers esprits modernes, qui n’ont peut-être jamais entendu parler de ce penseur.
La Tour du Pin en un mot, c’est l’économiste de la contre-Révolution2. Sa spécialité : la manière précise et complète dont il traite de la corporation, et comment il en fait un des outils majeurs d’une restauration économique, sociale et politique. Son combat l’a mené à étudier les divers aspects de la société, en réfutant les nombreuses erreurs de son siècle et de celui à venir, tout en explicitant avec brio que c’est l’accord et non le refus d’avec les vérités éternelles qui permet l’établissement du bien commun, c’est-à-dire la fin3 même de la société.
Ainsi, nous allons naturellement nous pencher sur quelques-uns de ces angles d’attaque, et livrer quelques traits intéressants.

jeudi 10 septembre 2015

Les principes de la contre-Révolution

Qu’est-ce donc que la contre-Révolution ? Combien en ont déjà entendu parler ? Quels sont ceux qui, de nos jours, peuvent définir, situer, détailler le courant contre-Révolutionnaire, énoncer ses grands principes et ses origines profondes ? Qui, en un mot, saurait se le représenter assez clairement pour en avoir une compréhension authentique et précise ?
Il est naturellement difficile, au milieu de la multitude des pensées pourtant classifiées en divers et nombreux courants, de s’y retrouver. La clef, c’est de pouvoir déchiffrer les rapports que ceux-ci entretiennent les uns aux autres, afin d’en établir la carte adéquate. Sous cet aspect, l’idée de la Révolution constitue le point névralgique par excellence. La simplification s’ensuit lorsqu’on applique son examen sur les rapports profonds et essentiels de ces courants. Ainsi l’on peut apparenter libéralisme et socialisme, prétendument ennemis jurés, comme s’abreuvant à la même source, c’est-à-dire le dogme révolutionnaire.
Dans le but de mener à bien l’esquisse que nous voulons donner de la pensée contre-Révolutionnaire, il nous faudra d’abord montrer ce qu’est foncièrement la Révolution, puis expliciter les principes dont elle se fait l’adversaire.

jeudi 3 septembre 2015

Réalisme et scepticisme

Aussi loin qu’on puisse remonter, la philosophie apparaît comme un legs de la Grèce antique aux jeunes civilisations. Et quoique l’on ne puisse y établir sa naissance, elle y crût lors comme à l’âge de l’enfance. On présume que c’est Platon qui en donna le premier l’organisation sous la forme d’une triple partition : La Physique, l’Éthique (ou la Morale), la Dialectique (ou la Logique). Sauf le domaine de la Métaphysique, ces catégories devaient suffire à décrire complètement la philosophie, en faisant découler au besoin divers concepts. Comme si de ces trois sources l’on obtenait tous les affluents de la terre.
À l’époque, la science n’était qu’une sous-partie de la philosophie, ce n’est que très tard dans l’histoire qu’on les en distingua – de fait, cette distinction ne consiste rien de plus qu’en un artifice : comme si l’on pouvait pratiquer la science sans être guidé par une quelconque doctrine philosophique !

Ainsi, chaque école philosophique adopte une position particulière dans les catégories énoncées, se souciant parfois plus de l’une que de l’autre. Cependant, c’est la troisième division qui fait ici l’objet de notre intérêt, et sur laquelle nous aimerions nous étendre ; nous l’appellerons plutôt Épistémologie, car étant plus général et embrassant à notre sens la logique et la dialectique. Puisque la dialectique est l’art de raisonner, de parvenir au vrai, celle-ci ne peut être avant l’épistémologie1 qui est l’étude des connaissances, de leur formation dans l’esprit humain. Science de la science, résumée par une simple mais fondamentale question : d’où et comment vient la connaissance ?
C’est en ce domaine que nous analyserons deux positions philosophiques adverses – le réalisme et le scepticisme –, en prenant prétexte de l’ouvrage Les Académiques de Cicéron qui retrace la doctrine de l’Académie et son évolution au gré des disputes avec les Stoïciens notamment.